Le paysage, thème central de l'oeuvre de Jean Le Garignon

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L'oeuvre de Jean Le Garignon est centrée sur la réprésentation du paysage. Mais ce paysage est un paysage désert ou un paysage dans lequel l'homme a disparu. On ne peut être que frappé par l'absence de personnages même dans des paysages urbains.

Seuls deux tableaux représentent des êtres humains :


Pour autant l'homme n'est pas absent puisqu'on voit sa trace, son oeuvre, ses constructions. Cependant par cette absence de représentation, Jean Le Garignon s'éloigne de ses modèles impressionnistes qui représentaient volontiers l'Homme : Danseuses de Degas, bals de Renoir, ... Même si il se rapproche de modèle comme Sisley ou Pissaro, l'absence de personnages ne saurait être fortuite mais traduit un message du peintre, nous y reviendrons.

C'est donc dans le paysage que Jean Le Garignon place au centre de son oeuvre, retrouvant le langage des peintres anglais et hollandais des 17 et 18 ème siècle. Mais quel sens le paysage porte-t il? On sait que ce concept est une invention moderne et qu'elle supporte une vision du mode très particulière. Mais on sait aussi que le thème du paysage et sa représentation sont porteurs de sens variés.
*Le paysage effrayant
*Le paysage bucolique
*Le paysage pittoresque
*Le paysage impressionniste
*Le paysage de l'abandon




Le paysage effrayant : On ne trouve pas réellement cette dimension dans l'oeuvre de Jean Le Garignon. Elle est liée au sentiment de petitesse de l'homme devant la nature et sa force. Elle est représentée par des chaos rocheux, de hautes montagnes, des rivières en crue, une mer déchaînée...
On peut quand même y rattacher quelques oeuvres, à la limite...
Dans ce tableau, que je prends la liberté d'intituler le vent d'Ouest, on peut trouver une référence de la petitesse de l'Homme face aux éléments.

Le tableau suivant représente une haute montagne, le Monte Cintu. Cependant la dimension "effrayante" est plutôt remplacée par un sentiment de serénité engendrée par le calme de la montagne.

Enfin dans cette dernière oeuvre, intulée "La tempête" par le peintre, la mer semble bien calme pour effrayer quiconque.

C'est qu'en fait, pour l'artiste la nature n'est ni effrayante, ni sauvage, ni terrible ni déchaînée mais apaisante, bénéfique, sereine...

*Le paysage effrayant
*Le paysage bucolique
*Le paysage pittoresque
*Le paysage impressionniste
*Le paysage de l'abandon



Le paysage bucolique : C'est plutôt dans cette direction que dans la précédente que se dirige l'oeuvre de Jean Le Garignon. Chez lui le paysage est avant tout porteur de calme. Cependant on n'y trouve pas réellement l'idée d'un âge d'or, d'une société rurale idéale et idéalisée.



L'essentiel du message porté par l'artiste tient plutôt dans les 3 conceptions suivantes du paysage.

*Le paysage effrayant
*Le paysage bucolique
*Le paysage pittoresque
*Le paysage impressionniste
*Le paysage de l'abandon



Le paysage pittoresque : C'est la paysage qui mérité d'être peint pour sa beauté intrinsèque, pour l'émotion romantique qu'il dégage et qu'il transmet au spectateur. Cette émotion peut être approchée en littérature dans les oeuvres de Stendhal, Nerval, Balzac ou encore Flaubert : ce sont les fameuses descriptions. Le peintre nous invite à partager son émotion par son langage pictural qui tend à représenter le paysage tel qu'il est perçu plus que tel qu'il apparaît. On ne prendra ici que deux exemples.

Le tableau suivant montre bien un objet pittoresque, une vue inédite qui frappe par son cadre, sa composition, et qui transcrit bien la tranquilité de la nature.



C'est encore le cas de l'oeuvre suivante, où la lumière est particulièrement travaillée pour bien rendre l'heure de la vue et la douceur des rayons du soleil qui caressent les arbres de la forêt.



Les paysages urbains témoignent de la même dimension. Que ce soit des lieux communs ou de grands monuments.

Le tableau de cette place alsacienne tend à transmettre l'atmosphère de calme de ces petites villes endormies comme de gros chats.



Notre Dame de Paris en hiver traduit bien l'atmosphère ouatée de ces jours de neige, les sons étouffés mais aussi la lumière diffuse qui tend à créer un calme très spécifique.




*Le paysage effrayant
*Le paysage bucolique
*Le paysage pittoresque
*Le paysage impressionniste
*Le paysage de l'abandon


Le paysage impressionniste : Le paysage est ici représenté pas tant pour ce qu'il transmet comme émotion mais comme objet perçu, support d'aspects fugaces, changeants rapidement avec le temps, l'éclairage, la course du soleil, les nuages etc... Ces paysages souvent inondés de soleil, éclatent de lumière mais celle-ci est fragmentée en touches subtiles. Des atmosphères humides peuvent aussi prendre cet aspect sous l'effet de la dispersion de la lumière dans les brumes et des reflets de lumière sur l'eau.

Le champ de lavande répand ses touches lumineuses colorées sous un coleil écrasant



Les vieux oliviers tordent leurs branches sur les tâches lumineuses de l'herbe sèche. Les traits sont déformés pour rendre les troncs noueux.



Ce petit coin de Seine difracte ses plages de lumière dans l'atmosphère humide du fleuve.




*Le paysage effrayant
*Le paysage bucolique
*Le paysage pittoresque
*Le paysage impressionniste
*Le paysage de l'abandon


Mais il nous faut revenir à l'absence de personnage dans l'oeuvre sans que l'homme n'y soit absent. En fait l'étude de quelques tableaux nous explique le sens profond de ce manque. L'Homme apparait à travers ses constructions mais pas directement car l'Homme n'est plus dans ces paysages. L'espace vu est abandonné de l'Homme.
L'espace abandonné : Les visites de Jean Le Garignon dans la Corse intérieure des années 70 l'ont fortement marqué dans sa perception du paysage. Il a été très frappé par ces paysages de déprise agraire, de société rurale disparue, de véritables témoins archéologiques.

De cette vieille maison abandonnée par son propriétaire, l'artiste disait qu'elle criait après lui son sentiment de trahison.



Cette vieille église ne verra plus jamais personne, le village qu'elle dessert s'est vidé.



Ce vieux moulin ne moudra plus ni blé, ni farine, les champs sont retournés au maquis.



Celui là a même son toit effondré.



C'est donc une nature triste car orpheline que peint Jean Le Garignon. Orpheline de l'Homme qui l'a construite. Mais aussi une nature trahie et qui crie sa trahison à son traître. Une nature pleine de reproche. Rien d'étonnant à ce qu'une des chansons préférées de l'artiste fut "Le vieux Moulin" d'Antoine Ciosi.
Une peinture donc bien plus vindicative qu'il n'y parait au premier abord. Une peinture qui interpelle le spectateur pour le mettre face à ses responsabilités et lui demander "Qu'as tu fait de ton héritage, du labeur et des savoirs accumulés par tant de générations de tes ancètres"? Une peinture qui fait pendant en quelque sorte au Lanentu di u Castagnu pour dénoncer l'abandon et la tristesse d'une telle perte.



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